L’ainé des trois du Boss reçoit ses trois amis à bord.
Ils n’arrêtent pas de courir autour du bateau. Alors je me suis caché et au coin de l’illoire je l’ai choppé par le collebaque pour lui expliquer les règles.
Ce soir il m’a appelé Frédérique du nom de l’ancien capitaine
La psychette : Mon p’tit marinou, comment va-t-il?
Demoral : Il ne fait rien.
Comment ça rien! Il n’y a que les impotents qui ne font rien.
Je marche en peignoir de la fenêtre de ma chambre à celle de la cuisine en écoutant de la musique corse. Le pire c’est que cela me conviendrait presque s’il n’était que cette vie a le gout d’un bon plat sans épices.
Qu’entends tu par là?
Un avenir sans femme est fade à envisager.
Réfléchit un peu. Comment pourrais tu satisfaire ton insatiable appétit pour la rencontre féminine?
L’écritures sur internet, c’est là que sont les femmes.
Bien, fait ça.
Mais c’est ce que je fais, d’ailleurs j’ai une piste : Une zébrette me lit. Elle m’a laissé un message et j’ai réussi à l’entrainer en discussion. Mais très vite elle m’a demandé ce que je faisais, à croire que c’est une dictature. Ne rien faire est une activité comme les autres.
Forcément si tu dis d’entrée que tu glandes toute la journée c’est pas gagné.
Je sais alors je lui ai parlé de l’association.
Mais tu n’y vas plus depuis des mois. Tu sais très bien que quand tu mens tu te fais prendre de suite.
Ce n’est pas vraiment un mensonge. Je vais reprendre et l’écriture aussi. Tout ce dont j’ai besoin dans le vie, c’est d’une muse pour jouer avec moi.
Dès que j’en retrouve la force de vous la faire en direct.
What the fuck am I doing here?
Demoral : Ho, pardon Madame.
Ingrid : C’est quoi cette coupe de cheveux.
Waiting for a second participante to tell the truth.
Demoral : Ha, hello Ginou.
Ginou : What is this look?
Demoral : Long or short version?
Ginou : « … »
Demoral : Saturday around 12, everything was perfect in my life. But after the menage I couldn’t find my lighter. So I try to light my cigarette with the cuisinière. I smelt a strange thing on my face, it was my beaR.
La psychette : Mon p’tit marinou tu m’as l’air en pleine forme, ça fait plaisir.
Demoral : J’vais crever
La psychette : Que se passe-t-il, tu as encore regardé tes comptes?
Demoral : Non, je DOIS en écrire un, de conte, de Noel.
La psychette : Mais c’est formidable ça c’est pour quoi?
Demoral : C’est pour quand? C’est pour Demain.
La psychette : et pour qui?
Demoral : Une association loi 1901, j’ai droit de ne parler ni de religion, ni de politique et encore moins de cul.
La psychette : et tu le joues où?
Demral : A la cathédrale, sinon c’est pas rigolo.
La psychette : Bien, tu te détends, tu te fermes les yeux et tu me racontes ta nuit de Noel idéale.
Demoral Grmmbl.
La psychette : Sans t’étouffer, respire. Allez vas y.
Demoral : Alors c’est un couple d’adultes qui passent une nuit de noël devant une cahute
La psychette : Je ne veux surtout pas entendre la troisième rime, tu recommences de suite!
Demoral : Rhoo ça va, Bon, c’est juste une nuit sans soleil et de Noel. Un couple marche péniblement dans les rues d’une vielle ville d’un petit port provençal.
La psychette : Mieux , continue.
Demoral : Ils n’ont pas l’air en forme.. Lui est épuisé et nerveux. Elle est ronde comme un ballon. A vrai dire leur situation ne semble pas terrible. Ils ne savent plus où aller. Une lourde porte est restée entrecouverte dans un mur épais. Un trait de lumière traverse l’interstice. Ils entrent. C’est une bibliothèque.
La psychette : Bien, continue.
Demoral : Ha bah j’en suis là. Après j’ sais pas. C’a fait une demi heure que j’essaie de vous expliquer que demain, je participe à un jeu dont je ne connais ni les règles ni l’enjeu et que je commence à paniquer sévère.
La psychette : Tout va bien se passer, tu l’as déjà fait. Allez, on en reparle dans trois semaines.
Houlà mon p’tit marinou, ça n’a pas l’air d’aller.
Vous me scannez comme ça, vous, avant même que je ne vous dise bonjour.
Tout est marqué dans les traits de ton visage
Hé bé non, je vais très bien.
Soit, raconte-moi une belle histoire alors.
Ma première année en tant que skipper. La brokeuse m’avait envoyé au casse-pipe autour du Golf de Gênes sur une trapanelle
Au présent, tu es dedans.
Je suis en pleine tempête. L’entrée du port de Cecina ne devrait plus être loin mais je ne vois qu’une longue digue s’avançant en perpendiculaire depuis une plage infinie. De petits personnages s’agitent en bout de môle. Plus de doutes, le havre doit être par là. Je m’approche et découvre que la digue est en fait deux et que malgré l’absence de phare, il s’agit bien de l’entrée du port. Le hic est que dans la passe, ça tabasse. Ca déferle même. Prudemment, je m’engage pour me faire prendre dans un tambour de machine à laver. Alors, perdu pour perdu, je mets les gaz à fond. Et là, si le bateau part toujours au surf, la puissance des milliers de chevaux mécaniques que je tiens dans une main redonne à la barre que je tiens dans l’autre la maîtrise de la trajectoire. Je déboule dans une sorte de lagune à la sortie d’un fleuve. De l’enfer au paradis en quelques brassées.
Lapsychette : Ne trouves-tu pas étrange tous ces dangers auxquels tu as échappé et ces montagnes que tu te fais aujourd’hui pour rien ?
Demoral : Ha c’est sûr que quand je frise l’évanouissement avant un cour d’aquarelle, j’ai conscience de friser aussi le ridicule.
La psychette : tu as peur de ce que tu aimes en vrai.
Demoral : Oui, et plus ça me fait peur, plus j’ai envie de le faire.
La psychette : Tu es très courageux.
Demoral : C’est vous que je trouve effrayante quand vous parlez ainsi.
La psychette : Tu sais quoi ?
Demoral : Ho ça va, pardon.
La psychette : Tu devrais l’écrire tout ça.
Demoral : Mais c’est ce que je fais.
La psychette : Tréés bien !
Demoral : Sur mon blog je raconte toutes nos entrevues.
La psychette : Ho mon Dieu !!!
Demoral : Qué j’ai dit encore ?!?
La psychette : Tu ne peux pas faire ça !
Demoral : C’est écrit dans la loi ou c’est un truc de psychette ?
La psychette : Tu as besoin d’intimité. Ce qu’il se passe dans ce cabinet doit rester dans ce cabinet. Je suis psychette certifiée d’état tu peux tout me dire mais les autres n’ont pas à connaître ton moi profond
Demoral : Parce que vous croyez que je vous l’expose mon moi ?
La psychette : Tu me paies pour ça.
Demoral : Je ne suis moi que dans mon lit à l’endormissement ou au réveil c’est selon les désirs de la sirène.
La psychette : Sors ton agenda on se revoit dans vingt huit jours.
La psychette : Comment va mon p’tit marinou aujourd’hui ?
Demoral : Faudrait peut-être arrêter avec cette expression, non ?
La psychette : Holà que se passe-til ?
Demoral : Je ne m’en sors plus, trop de choses à faire.
La psychette : Très biien, il y a six mois encore, tu te plaignais encore de t’ennuyer.
Demoral : Oui mais là, j’ai peur de ne pas y arriver.
La psychette : La peur, je pense que tu tiens le mot, raconte-moi ta plus grande peur. As-tu déjà eu peur de la mort ?
Demoral : En mer Jamais. Vu que je tenais la barre. A terre non plus d’ailleurs puisqu’il m’est arrivé d’aller la draguer en suivant vos prescriptions vingt-huit jours à l’avance.
Psy : C’est vraiment pas malin. Mais bon, vas y , parle moi d’un sujet qui t’effraie.
Dem : Ca risque d’être un peu long et je vais probablement arriver à une conclusion inverse de mon intention de départ.
Psy : La séance vient à peine de débuter, tu as tout ton temps. « … » . Toi, tu voudrais déjà t’échapper chez Dany, c’est ça ?
Dem : Oui
Psy : Tu vas devoir parler un peu avant, lance toi.
Dem : J’ai peur de laisser libre cours à mes pulsions par n’importe quel moyen que ce soit. Notamment par la voix.
Psy : Pourtant tu t’en sors très bien. Regardes à l’association, elles sont toutes folles de toi.
Dem : L’énergie que je déploie pour ne pas paraître être ce que j’écris n’a d’égal que l’envie que j’ai d’être lu.
Psy : Explique mieux.
Dem : Si vous m’interrompez tout le temps, on va pas y arriver, « … » non plus.
Psy : Pardon, continue
Dem : J’angoisse de rater ma vie. Je suis terrifié à l’idée que ce ne soit déjà fait. Les enterrements où personne n’attend le cercueil me glacent le sang.
Psy : Il s’agit peut être du dernier de la bande.
Dem : Ca lui fait une belle jambe !
Psy : Il a veillé sur les autres. Jusqu’à être le dernier. Comme le capitaine sans crainte quittant son navire après avoir sauvé tous ses passagers.
Demoral : Capitaine mes couilles oui !!! Il avait la trouille de tout le capitaine. Du naufrage , de l’incendie et de la panne sèche de Pessac-Leognan, premier cru classé.
La psychette Pour le prochain rendez-vous, vous préférez pleine lune ou nouvelle lune ?
Ma plus grande erreur de navigation aura surement été de confier la barre lors d’une traversée de nuit,
La Napoule Bonifacio à 10kts,
à La Psychette
Je lui avais promis vingt ans plus tôt de l’y emmener en bateau pour lui faire passer les falaises.
Et vingt ans après l’occasion s’est présentée.
Des clients russes, passionnés de plongée, nous attendraient vers 10h, il fallait que tout soit prêt, il fallait qu’un taxi attende La psychette pour qu’elle ne rate pas son avion de retour.
La mer est d’huile, la pleine lune nous montre le chemin, l’équipage dort, il ne reste que nous deux aux commandes sous les étoiles. Dauphins, plancton phosphorescent.
Aucun capitaine censé n’aurait quitté la veille en ces circonstances. Non, aucun capitaine sain d’esprit n’aurait laissé la barre d’un bateau de 33m, 200grt, 3600kw, à une musicienne.
Mais j’étais tellement sûr de mon coup en lui disant
« je vais pisser, tu m’appelles si tu vois quelque chose, mais ne t’inquiète pas si tu vois rien c’est qu’il n’y a rien à voir. «
Au beau milieu de l’acte j’entends
« captain captain ya une lumière devant. »
Au mépris de ma prostate, je remonte ma braguette et les escaliers m’attendant d’une seconde à l’autre le crash d’avec le voilier
que j’aurais omis de surveiller.
Radar vierge, tout est clair.
La lumière rougeâtre dessine un fin trait oranger distinctement séparé de l’autoroute rousse que nous reflétait la lune.
Demoral : Si au moins vous me vouvoyiez, ça nous ferait une rime.
La psychette : Je ne comprends rien
Demoral : je recommence :
La psychette : Mon p’tit marinou, comment vas-tu ?
Demoral : Si au moins vous me vouvoyiez, ça nous ferait une rime.
La psychette : Bien. La séance dernière fût un peu dure, racontez moi un souvenir plus léger.
Demoral : Comme la fois où je me suis tapé la fille du Boss ?
La psychette : Toujours les extrêmes, non juste un moment heureux.
Demoral : Vous avez raison. De toute façon ce n’était pas sa fille. Mais elle en avait l’âge. Et n’avait semble-t-il rien contre l’inceste.
La psychette : Demoral !!!
Demoral : L’amarrage à Ponza. Vous vous souvenez ? La délégation de diplomates franco-suédoises ?
Nous nous étions fait défoncer le bastingage la nuit précédente au quai des millionnaires. Pour réparer, nous logeons désormais aux chantiers. De l’autre côté du port. C’est tellement moins glamour mais tellement plus charmant. Pour la manœuvre, pas d’assistance. Pendant que le capitaine manœuvre, je saute sur le quai, je noue de chaise, je remonte à bord en prenant appui sur le hublot de la cuisine et en m’aidant de ce qu’il reste de tubulure inox. Je recommence à l’arrière en grimpant, cette fois, sur les échappements. Les moteurs se taisent, tout s’arrête. Une assemblée d’académiciennes m’observe l’air béat. Bordel, faut faire les vitres.
La psychette : Je croyais que c’était vous le capitaine ?
Demoral : J’ai seize ans là, vous ne comprendrez jamais donc rien ?