Un soir à Roccapina

Ce n’est pas le dernier jour du charter mais les clients s’en vont déjà. L’un des invités a perdu son père et tout le monde se rend aux obsèques.

Le débarquement se fera à Figari. Cette longue calanque au nord de Bonifacio m’a toujours attiré, mais je n’ai encore jamais osé y mettre les hélices. Elle est vraiment étroite et farcie de hauts fonds.

Le vent est très fort. Je pose l’ancre avec assez de chaîne pour que le bateau tienne mais pas trop pour que son rayon d’évitage reste dans la zone navigable.

Sur le petit quai où je dépose mes passagers en annexe, le boss me dit que c’est bien pour nous, qu’on allait être tranquilles. Je ne sais pas par quelle faux-culrie j’arrive à lui prétendre que non, nous sommes désolés pour eux et que nous les soutenons dans cette épreuve.

Les frigos sont pleins de victuailles pour milliardaires, la cave regorge de grands crus classés et je dispose d’un bateau avec un contrat de location en cours. Tu m’étonnes, mon guignol, qu’on va se passer une soirée de l’autre monde.

J’accélère mon retour à bord. Le bateau chasse sur son ancre et j’ai juste le temps de remettre les moteurs en route avant l’échouage. C’est passé tout près cette fois, non, décidément cet endroit n’est pas fait pour un yacht de 33m.

Le danger est écarté, on se remet de ses émotions, direction le golfe de Roccapina, le plus bel endroit de Corse si on excepte les autres sites largement aussi beaux. Pour y arriver il faut passer les Moines et c’est tant mieux. Ce récif marque une frontière très nette avec les bouches de Bonifacio. Au sud ça souffle et en quelques dizaines de mètres, au nord c’est le calme plat.

Pas le temps d’en faire le tour. On s’en fait tout un monde mais le passage à terre est très large et praticable. Je pare quand même les écueils du grand et du petit Olmetto qui eux sont vicieux puis je confie la barre à mon mécanicien. C’est dans ces moments que je peux prendre de la hauteur et contempler mon bateau évoluer comme si je n’y étais pas. Je m’amuse, c’est pas très gentil, à observer mon mécano paniquer au milieu des rochers. Si tu ne vois pas de caillou c’est qu’il y a de l’eau lui dis je pour seule consigne.

Overside II repose désormais sur un lac. Sa chaîne pend mollement à la verticale signe qu’il ne risque aucun danger. Après quelques bouchons de champagne sautés, je lance mon équipage à l’abordage de la plage. Elle est immense d’un blanc légèrement jaune blé et totalement désertée des touristes. Seul un troupeau de vaches sauvages rumine un peu plus loin. Et c’est là que ça a un peu dérapé.

J’ai soudain l’envie de vérifier si la bouse de vache séchée est un bon combustible. Alors j’en ramasse quelques unes, je creuse un grand trou dans le sable et ça marche très bien. Tout le monde se met à ramasser du bois mort et on se fait un véritable feu de joie. Quand il retombe en braises, mon cuisinier a l’idée géniale de retourner au bateau chercher ce qu’il reste de bouffe. On s’est fait un véritable barbecue de rois avec gambas et viandes grillées, le tout arrosé des meilleurs vins. Si l’argent ne fait pas le bonheur, celui des autres a bien contribué au notre ce soir là.

A minuit tout est rangé, plié, nettoyé, rebouché. On lève l’ancre pour une traversée à 10kts direction La Napoule.

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