Quai d’honneur

(Retour à l’embarquement. )

  • Tu es marin ?
  • Perspicace, on apprend ça en fac de psycho ?
  • Tu es habillé comme un marin, tu ressembles à un marin, tu parles et tu dragues comme un marin.
  • Meuh ! J’ai encore rien tenté.
  • Tu évoques  les astres et me proposes une ballade dans ton univers. Je suppose qu’il est peuplé d’eaux turquoises, de tempêtes effrayantes et de contrées lointaine ?

Chieuse, donc.

D’habitude je ne m’attaque à ce genre de spécimen que tard dans la soirée lorsque l’alcool a fait son effet. Elle n’a pas tort. Les bateaux, les voyages et les aventures de mer font généralement rêver les filles. Quand on dispose en plus d’un yacht au port, c’est sûr qu’il est plus facile d’en convaincre une d’y passer une nuit câline. Or nous ne sommes qu’en début d’après midi et si la nuit tombe, je suis a jeun, en pleine possession de mes névroses et elle vient de me saper tout mon baratin .

  • Ce n’est pas le marin qui te convie, c’est le fou.
  • Gentil fou alors, tu ne m’impressionnes pas. Tout le monde se dit un peu fou.  Et le coup du patient idéal qui séduit sa thérapeute ce n’est bon que dans les films. 
  • J’ai fait une bouffée délirante aigue.
  • T’as fait ça ?
  • A l’armée
  • Et alors ?
  • Ca fait deux ans, je m’en remets.
  • Et ça c’est quoi ?
  • Quoi ça ?
  • Le bateau, là, énorme au milieu des tout petits ?

Il faut dire que nous nous trouvons actuellement sur le quai d’honneur. Dans un port ordinaire y sont amarrés les plus beaux yachts face aux plus prestigieux bars et restaurants. Ici il ne s’agit que d’un vaste terrain de pétanque à peine ombragé de quelques pins parasols. Hormis trois cabanes pour vendre les tickets de bateaux bus aux touristes, s’y trouvent un préfabriqué où se s’achète  tout ce qui est nécessaire à un bateau et, à peine plus élaborée , la capitainerie. C’est en effet là que le plus gros navire que peut accueillir le port est exposé. Son arrivée à quai est belle à voir. Il bloque tout le port durant sa manœuvre. Même le trafic  des navettes à passagers d’ordinaire si intense s’arrête. C’est à se demander comment un monstre pareil peut se frayer un chemin au milieu des autres barcasses, se glisser entre les quais où dorment des embarcations dix fois plus petites que lui.  Et pourtant le silence se fait. Tout se déroule dans le calme et le bâtiment se pose, docile, à son emplacement. C’est ça que j’aurais dû raconter dans une envolée lyrique.

  • Ben c’est un yacht de cinquante mètres avec probablement une dizaine d’hommes d’équipage. Ne me demande pas à qui il appartient de toutes façons on ne voit jamais les invités. Il arbore un pavillon de complaisance car il est immatriculé dans un paradis fiscal pour ne pas payer les taxes. Mais c’est pas vraiment mon rayon, je ne suis qu’un petit skipper d’un petit bateau de quinze mètres.
  • Ouais t’y connais rien en fait !
  • C’est pas censé encourager plutôt que d’enfoncer une psychologue ?
  • Bon, on y fait quoi dans ton monde ?
  • On commence par boire un coup dans un bar sordide.
Faire avec les moyens, physiques, mentaux et psychotechniques du bord.

Chapitre suivant.

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