Accostons.

La psychette : Mon p’tit marino, comment vas tu ?

Demoral : Si au moins vous me vouvoyiez, ça nous ferait une rime.

La psychette : Je ne comprends rien

Demoral : je recommence :

La psychette :         Mon p’tit marinou, comment vas-tu ?

Demoral :                 Si au moins vous me vouvoyiez, ça nous ferait une rime.

La psychette :         Bien. La séance dernière fût un peu dure, racontez moi un   souvenir plus léger.

Demoral :                 Comme la fois où je me suis tapé la fille du Boss ?

La psychette :         Toujours les extrêmes, non juste un moment heureux.

Demoral :                 Vous avez raison. De toute façon ce n’était pas sa fille. Mais elle en avait l’âge. Et n’avait semble-t-il rien contre l’inceste.

La psychette :          Demoral !!!

Demoral :                 L’amarrage à Ponza. Vous vous souvenez ? La délégation de diplomates franco-suédoises ?

Nous nous étions fait défoncer le bastingage la nuit précédente au quai des millionnaires. Pour réparer, nous logeons désormais aux chantiers. De l’autre côté du port. C’est tellement moins glamour mais tellement plus charmant. Pour la manœuvre, pas d’assistance. Pendant que le capitaine manœuvre, je saute sur le quai, je noue de chaise, je remonte à bord en prenant appui sur le hublot de la cuisine et en m’aidant de ce qu’il reste de tubulure inox. Je recommence à l’arrière en grimpant, cette fois, sur les échappements. Les moteurs se taisent, tout s’arrête. Une assemblée d’académiciennes m’observe l’air béat. Bordel, faut faire les vitres.

La psychette :         Je croyais que c’était vous le capitaine ?

Demoral :                 J’ai seize ans là, vous ne comprendrez jamais donc rien ?  

Le lendemain, le capitaine m’a offert une montre.

Au son des guitares

Les histoires de mer se confondent souvent avec les histoires de bar.

C’est là qu’elles s’y racontent.

Quand j’arrive dans un nouveau village, la première chose que je fais est de visiter l’église.

Ensuite, je cherche le petit bistrot de la rue derrière.

Là où il y a les vieux et les pêcheurs locaux.

Avec mon uniforme j’y suis tout de suite bien reçu.

Et si la serveuse est jolie, c’est le paradis.

Mais attention pas touche !!!

La barmaid est la psychologue du marin.

Elle écoute ses joies, ses peines et remet sa tournée à l’occasion.

Le regard ne doit pas descendre sous les épaules.

Ou alors si, mais à la dérobée.

Tout est dans l’art subtil de ne pas se faire gauler.

Et la psychette m’a pris le nez dedans.

Raccourci :