Maman : Si vous entendez des voix, c’est peut-être de la schizophrénie.
A moins que ce ne soit un delirium tremens.
Demoral : Vous êtes psychiatre ?
Maman : Psychette, en charge de la santé mentale de cet enfant dans le cadre de la mission ONUnicef sur les réfugiés qui affrète ce navire. Votre compagnie, compte tenu de ce que j’ai pu observer cette nuit, ne me semble pas appropriée.
Demoral : . . . – – – . . .
Demoral : Papa Uniform Tango Echo ?
Bee : Oscar Uniform India.
Maman : Vous voyez ?!
Demoral : Ben oui, c’est tout vu, ça parle !
Et ce serait bien de ne pas la laisser traîner là trop longtemps,
ça mange les p’tits enfants aussi les bateaux.
Maman : Ha bravo, des menaces maintenant. Je vais en référer au capitaine.
Demoral : Le capitaine c’est moi et si les bateaux n’aiment pas les midinettes,
je me les aime farcies au petit matin alors virez moi ce mioche et vos miches du pont,
j’ai du travail , cavalleta.
Maman : Perdonu ?
Demoral : Parlate corsu ?!
Maman : Sô corsu
Demoral : La psychette ?
Maman : Demoral !
Demoral : Bienvenue à bord !!!
La psychette : Tu as réussi ?
Demoral : Trente cinq ans, trente cinq mètres comme annoncé.
La Psychette : Et ça t’a rendu con.
Demoral : Vous me l’aviez déjà fait remarquer il y a dix ans en fin de soirée.
La psychette : Il est très beau ton bateau.
Demoral : ELLE est très belle , Lady Apa II.
. . . Et sinon ça mange quoi, ça, le matin ?
La psychette : Montre moi la cuisine, je vais m’en occuper.
Mon papa, c’est le vent qui fait avancer son bateau.
Il en a de la chance ton papa, c’est qu’il a le temps de vivre. Le bateau mange aussi de la nourriture comme toi et moi, s’est son avitaillement. Ca vient de victuailles, les vivres qui lui permettent de naviguer en autonomie
Et regarde, il fait pipi aussi !
Oui c’est normal, il boit l’eau de la mer pour maintenir ses organes de propulsion, ses moteurs ou si tu veux ses muscles à une température idéale de fonctionnement.
Et il fait caca aussi ?
Oui, comme toi et moi.
Mais il salit la mer, alors ?!
Pas plus que les poissons qui aussi le font.
Mais comment fait-il ?
Il stocke ses excréments et comme il ne peut pas sortir de l’eau, ce sont les toilettes qui viennent à lui.
Des toilettes mobiles ?
Oui, des camions de pompage des eaux usées.
La maman : Comment parlez vous à mon enfant?
Demoral : C’est à vous ça !?!
La maman : Vous discutez avec mon enfant ?!?
Demoral : Ben je m’efforce de répondre aux questions, je ne devrais pas?
L’ainé des trois du Boss reçoit ses trois amis à bord.
Ils n’arrêtent pas de courir autour du bateau. Alors je me suis caché et au coin de l’illoire je l’ai choppé par le collebaque pour lui expliquer les règles.
Ce soir il m’a appelé Frédérique du nom de l’ancien capitaine
La Barmaid : Faut pas s’inquiéter comme ça, il va arriver.
La psychette : Il avait bu ?
Demoral : Ha les salopes !
Le patron : Chi succede ?!?
Demoral : Ha les Garces !!
La psychette : Mon pt’it marinou que t’arrive-t-il ?
Demoral : Ha les chiennes!!!
La barmaid : Non mais il va se calmer ou je lui en colle une moi
Demoral : « Trop perché » qu’elle a dit. Trop perché et « je vais m’attacher » qu’elle a dit.
La psychette : Ben c’est bien ça pourquoi tu t’énerves ?
Demoral : C’était il y a deux jours et depuis plus de nouvelles.
La barmaid : Relance la. C’est sûr que si tu attends qu’elle revienne le cul dans ton fauteuil , il ne va rien se passer. Les femmes ont besoin qu’on leur témoigne de l’attention.
Demoral : Ma chère, les applications de rencontres sont de nos jours ainsi faites
que seule la femelle a droit à la parole. Le mâle ne peut répondre
que si elle daigne le solliciter.
La psychette : Ben alors mon p’tit marinou, on est d’accord tu ne me fais plus de crises comme ça.
Demoral : oui ben elles n’ont qu’à pas m’énerver
La barmaid : Tu parles comme un gosse de dix ans. Pas étonnant qu’elles ne veuillent pas de toi.
Demoral : Vous verriez les phrases que je leur sors,
elles qui se prétendent sapiosexuées elles devraient craquer.
La barmaid : Et arrête de nous mettre toutes dans le même panier.
On dirait que tu les veux toutes. T’as pas règlé tes problèmes avec ta mère ou quoi ?
Demoral : Vous voyez, elle recommence !
Le patron : Bon allez la barmaid, y’a du monde en accueil.
Demoral, vuelete un special ?
Demoral : Lé, vogliu una speciale
La psychette : Bien, je dois y aller. Bonne soirée à tous.
Petit matin d’hiver, Demoral rentre chez lui. Durant sa ballade nocturne il n’a finalement fait que tricoter ses idées noires à la recherche d’un pont assez haut pour sauter. Au passage du pmu il entend une voix.
Assieds-toi, prends le café.
Demoral lève la tête, c’est le patron qui lui fait cette injonction. Sans réfléchir il s’installe à la première place en terrasse. En face de lui une dame, probablement une femme de ménage en charge de l’entretien des halls d’immeuble, termine son café en semblant regretter que la méditerranée ne soit pas assez profonde pour y plonger sa détresse
Le patron dépose une tasse fumante devant Demoral hagard.
La dame demande à régler sa consommation.
C’est le jeune homme qui vous l’offre.
Et le patron de repartir plateau en main et sourire pincé aux lèvres vers les autres clients. Deux tourtereaux hébétés d’être sortis de leur torpeur entament une conversation.
C’est peu de dire que Demoral en a fréquenté des bars. Mais un geste de cette classe, il n’en avait jamais vu. Il vient de basculer de phase.
En fin de croisière, mon traitre d’équipage m’a abandonné. Ils sont allé tout raconter à la brokeuse qui m’a appelé pour en savoir plus. Je n’ai dit que du bien d’eux.
Par contre le patron ne m’a pas oublié. Il a fallu recruter. D’abord Yann, un ami plongeur qui me grattait les hélices du temps de « Manouche ». Puis Carolita, probablement recrutée en fin de soirée du côté de SaintTropez.