Classons

Je me demande quand même si je n’ai pas vendu mon âme au Diable cette nuit là.

A l’âge où mes petits camarades de classe apprenaient à se servir de leur zizi, je conversais, le soir dans mon lit, avec Dieu. Je venais de réaliser que pour faire Navale, le chemin serai long et dur.

J’ai dit : Je veux naviguer.

Il a dit : Tu connaitras un très bas, mais tu l’auras ton bateau.

J’ai répondu banco.

Sauf qu’en lieu et place d’un navire de la Marine Nationale,

j’ai eu droit au yacht avec le champagne et les putes.

Que voulez vous que soit ma retraite maintenant?

Gronchons

La psychette : Mon p’tit marinou, il est comment?

Demoral : Dans un vide intersidéral.

  • Ceci ne veut rien dire, que fais tu de tes journées?
  • Rien
  • Seuls les grabataires ne font rien. Tu as forcément une activité.
  • Cette discussion me gonfle. Nous l’avons eu cent fois. Je cherche à me construire une personnalité respectable en me cultivant sur tous les sujets passibles et inimaginables mais au fond tout ce qui m’intéresse est de ramener ma potentielle interlocutrice entre mes draps.
  • Mais c’est très positif tout ça ce qui me ramène à ma première question, que fais tu de tes journées?
  • Dans la mesure où au mieux l’objet de mes désirs est indifférente à mes attentes, à moins qu’elle n’y cède et là c’est pire, j’ai décidé de vivre reclus chez moi.
  • Je ne te donne pas trois semaines.
  • Je ne vous donne pas dix minutes.
  • Demoral !
  • Pardon.
  • Ton stylo écrit mal en plus.
  • Oui, ça doit venir du papier.
  • On se revoit dans vingt huit jours.

Dédoublons.

  • Mon p’tit marinou, ça fait longtemps que je ne t’aie vu.
  • Vous m’avez conseillé d’en consulter une autre.
  • Tu es réfractaire à tout ce que je te propose.
  • Oui mais les autres c’est pire, je ne veux que vous.
  • Bien alors accouche, je t’ai pris en dernier rendez vous, mon mari m’attends.
  • J’ai le coeur qui vibre.
  • Ho mon Dieu, qui est-ce?
  • La Brokeuse.
  • L’inaccessible?
  • L’inaccessible .
  • Je coryais que les brokeuses étaient des femmes vénales superficielles juste bonne à se maquer avec plus riches qu’elles
  • Je me suis trompé.
  • Comment est -elle ?
  • Chiante comme une prolo avec un petit côté bourgeoise qui m’excite.
  • Tu nous l’as dégoté où?
  • Au fond d’un godet avec des pigments dedans.
  • Bien, que fait elle de plus que les autres.
  • l’essentiel
  • Demoral, s’il te plaît
  • Avec ses mains des peintures, et avec ses doigts, des trucs que je n’avais jamais senti avant. A se demander, à la tombée de mon demi-siècle si j’avais rencontré un femme avant.
  • Je peux lire vos notes?
  • Elles sont faites pour.
  • Elle ne va pas aimer.
  • Ce n’est que moi.
  • On va s’en jeter un au pmu.

Et les autres me courent aussi après.

Pipons.

J’en étais à 3-27 de Angleterre France, à la mi temps donc il leur en restait autant à prendre , lorsque mon cervelet me rappela que nous étions Dimanche soir et que mon stock de tabac n’allait pas tenir une nuit d’insomnie supplémentaire.

Sans attendre, je me dirigeai donc vers mon buraliste de secours. Une sorte de bouge près du vieux port que je ne fréquente plus depuis le remplacement par un glacier où des pétasses emperlouzées promènent leurs mecs déconstruits au bout de laisses à chihuahua sorbetomanes, d’un bar à putes qui faisait la renommée du conté. Quand contenté me monta l’envie de pisser.

Sous les remparts sont dissimulés deux toilettes publiques. L’une des deux est bloquée par un véhicule de la capitainerie, l’autre me tend l’évacuation salvatrice du dernier caprice de mon pénible pénis. Une dame me dépasse, jette un œil, se ravise, me jette un regard, se réavise et entre en ce logis où je pisserai probablement mon dernier calice.

  • la dame : Ho pardon je n’avais pas vu qu’il n’y en avait plus qu’un.
  • Demoral : Ben je vous en prie ma p’tite dame, on sait ce que c’est
  • La dame : Vous voudriez bien me tenir la porte, y’a plus de verrou.
  • Demoral : Ben je vous en prie ma p’tite dame, faudrait pas qu’on vous viole.

Longues sont les minutes passées sous le soleil couchant au pieds de murs en pierre pendant qu’une sommité aussi millénaire qu’eux se soulage. La capitainerie ferme le premier vestiaire, le duel s’engage pour le contrôle du second. Ils savent que j’ai envie de faire pipi mais ignorent qu’il faudra me passer sur le corps avant que le jus de mes glandes surrénales ne soit englouti.

  • La dame : Merci monsieur, si vous voulez je vous la tiens aussi.
  • Demoral : Ben ma p’tite dame, merci, mais moi c’est pas bien grave
  • La capitainerie : …
  • La dame : Ha non mais si j’insiste.
  • Demoral : Ma p’tite dame, êtes vous bien sûre que c’est la porte que vous voulez me tenir?

J’ai dû appeler LGBT-214 pour me désincarcérer.

Etendue des fans aux seins nus sous mon balcon à l’instant t.

Envisageons.

La psychette : Demoral, ça va pas.

Demoral : je sais.

La psychette : qu’est ce qui ne va pas ?

Demoral : A priori, vous êtes payée pour me le dire.

A ce stade du récit je peux considérer qu’à défaut du reste de mon oeuvre vous avez compri qu’un coup c’est la psychette qui parle et un coup c’est Demoral. J’ai pas besoin d’écrire à chaque fois alors je vais tenter un truc de dactylo que rien que de le faire j’ai envie de moi.

-Tu te diriges droit dans le mur et tu accélères.

  • C’est mon côté en phase avec la société.
  • Tu es encore en colère?
  • Oui
  • Contre qui?
  • Contre quoi.
  • Pourquoi?
  • Le monde à commencer par moi même.
  • Qu’est ce qu’il t’a fait le monde?
  • Ben rien. On est huit milliards en ce moment, ce qui veut dire , et c’est pas vos compétences mathématiques qui vont me contredire, qu’en un siècle quatre vingt milliards d’âmes s’attardent ici bas. Quand on a de la chance sur ce peuple émerge un génie.
  • Comme Einstein ou Brassens?
  • Non comme moi et ce qui me rend fou est que ce siècle passe à côté de sa conscience éclairée en l’incarcérant.
  • J’ai consulté la bureau , effectivement elles envisagent de t’interner.
  • Je sais, elles m’ont déjà fait visiter l’établissement.
  • Ca va te plaire?
  • La vue est belle mais c’est surtout la règle 2.a du règlement qui m’intéresse : « pas de sexe avec l’équipe encadrante ».
  • Je te vois venir, tu as pris ça comme un défi à relever.
  • Au début de ma carrière , on m’a dit « surtout pas de cul avec ton équipage » . Ensuite on m’a dit « bon d’accord à la rigueur mais par contre surtout pas ho grand jamais avec une invitée ». A priori, y’a pas eu dépôt de plainte.
  • L’esprit du siècle me semble bien charnel.
  • C’est le secret de la dualité : le corps se conquiert par le mental.
  • Tu feras quoi quand tu te seras fait virer même des enfers?
  • L’amour en mon monde.
  • Le 27, t’es libre?

Sainte Vergeons !!!

Je ne savais pas ce que cela voulait dire alors je faisais semblant de n’être qu’idiot devant ceux qui riaient de m’entendre fièrement raconter mes aventures de gardien de but de « Saintes Verges ».

Pourtant un midi alors que je pensais tout perdu ils sont venus me chercher dans les vestiaires pour une séance de penalties. Pour savoir qui de nous ou de l’équipe qui nous en avait passé sept le matin serait au second tour.

Je chausse mes gants et entre en état second. Le monde est un ballon, il doit être en mon giron. Une fois à gauche, deux fois à droite. Presque. Troisième fois à droite, détente du corps vol lent vers la trajectoire. Il est dehors.

Je ne sais pas par quelle subtilité parlementaire de buvette nous nous retrouvons en premier match d’après midi contre cette même équipe. Je m’ennuie dans mes cages. Ce qui ressemblait ce matin à un troupeau de poussins derrière un sac de grain est une équipe structurée en attaque, milieu de terrain et surtout défense ne me laissant pour me divertir que de rares ballons que je relance en vociférant des provocations aux adversaires comme quoi ce serait moins dur de m’en planter un dans ces conditions.

J’avais fini ma journée.

On a fini pire des meilleurs

Héritageons.

 » ferme ta gueule » qu’il m’a dit.

Bon il paraît que je déconne alors j’obtempère. je fais mon autiste.

« Comment on dit baiser en italien » Qu’il demande à un estranger.

« Dans aucune langue on dit baiser. » que je ne m’empêche pas de rétorquer.

Jusque là, petit visu de l’arbitre , mais ça passe.

 » C’est une question d’ éducation.  » tentai-je donc.

Les pompiers sont tenus de m’indiquer si ils préfèrent thé ou café.

La Gendarmerie serait sympa de se relayer

entre la municipale et les balayeurs.

Sinon, j’ai une vie normale.