Panarea.

A Panarea, les gens , ils sont pas gentils.

Ils ne savent que dire « vietato ».

Mon marin s’est pris une corde sous tension dans la figure,

il a 4 points de souture à la lèvre.

L’hôtesse elle dit que c’est de ma faute alors elle me fait la tête.

Mon Boss m’en demande toujours plus.

Moi, je voudrais juste un peu de tendresse.

Au fond, c’est le Stomboli mais j’ai pas pu encore voir la lave et le feu parce que ya trop de vent on peut pas y aller
J’ai vraiment une écriture de cul.
Le marin et sa lèvre ravagée

La Bossette, chercheuse en génétique au CNRS tout de même.

Votre serviteur.

Le Docteur local.

Vietato : Interdit

Exemple : Il ne faut pas diffuser de photo de gens.

Contre exemple : Je m’en bats les couilles, ya prescription. C’était il ya plus de vingt ans.

Carte suivante :

Perle del Mediterranéo.

Les iles Eoliennes

Ma tototte ma tototte ma tototte

ça commence à devenir plutôt classe.

Ma Möman Ma môman , je veux ma môman !

C’est plein de volcans, de grottes, de paysages super variés

mon Papa mon Papa, je veux mon papa !!!

Et de petits villages vachement mignons.

Ma tototte ! ma môman !! mon papa !!!!

En plus, il fait beau.

… — … _ _ _ — … !?!

Pourtant je ne sais pas d’où ça vient,

Y’a comme un bruit de fond qui me rend fou

Quand je cherche mon chemin

Par trois mètres de fond

Quand la carte m’en annonce cinq.

Vous noterez l’adresse en rimes.


Carte suivante :

Générique de fin :

Ce avec quoi mon papa m’éduqua

Dès l’âge de cinq ans

Calculons.

Mettons qu’il me reste 24 000 euro

C’est pas vrai, c’est pour simplifier les calculs.

Accrochez vous, on travaille en base douze.

Une bière coute trois euro.

Mettons, c’est toujours pour simplifier les calculs que j’en boive huit par jour.

Trois fois huit vingt quatre, cherchez pas c’est pas assez mais c’est comme ça.

Il faudrait que vous compreniez la base dix pour que je vous explique.

Donc, il me reste mille jours à vivre.

S’il y a des putes à arroser je peux faire plus court.

5G d’héroïne en intraveineuse, et c’est l’aller simple pour le paradis.

Contractons.

Depuis que j’ai , disons seize ans, je discute avec Dieu.

Un soir, alors que je lui demandais de la main droite comment devenir le meilleur marin ayant jamais écumé les mers de tous les temps, le Diable m’a proposé d’acheter mon âme.

Malgré ses assauts répétés depuis 33ans, j’ai toujours refusé.

Chevaleresque, je me pose en défenseur de la veuve et de l’orpheline. 

Cette nuit, je les ai croisées toutes les trois.

Ils sont en vacances familiales à Antibes, l’entreprise marche bien.

Nous avons conclu l’affaire.

Contre une bière, une pipe et une sodomie.

Embarquement.

La Merendella.

(Retour à l’embarquement)

Attablés à notre sorte de carré VIP, Gérard, la psychette, mon père et moi contemplons le va et vient des vacanciers en se demandant pourquoi ils ne se mettent pas d’accord pour rester une bonne fois pour toute du même côté du port plutôt que de se croiser en un incessant ballet. L’orateur est bien entendu mon daron qui nous narre sa route du jour.

D’abord la navigation houle de face et les joies pour ses passagers de découvrir les plaisirs de l’apesanteur lorsque frappé par la vague, le bateau retombe plus vite que les corps et la plus part de leurs organes. Puis passé la Scandola, les coups de surf vent arrière qui, il est vrai, peuvent impressionner le néophyte peu habitué à pratiquer ce sport sur une planche de cent cinquante tonneaux. Surtout lorsque l’accélération prend fin dans un coup de frein provoqué par la lame précédente qui invite le navire à repartir en arrière.

L’ambiance sonore est assurée par les cris des mamans, les vomis des enfants et les alarmes de cale car, aussi luxueuse soit elle, aucune embarcation n’est tout à fait étanche. Sans oublier le ronron des moteurs qui , à ce moment précis ressemble à un râle déclinant ne demandant qu’à se taire. Et puis quoi ? Les verres du capitaine et du Boss qui trinquent à leur bonne fortune.

Alors que le soleil n’en fini plus de savoir si il se lève ou il se couche, la conversation devient des plus ordinaires.

Gérard :        Parce que tu comprends, Pôle, y’avait pas pénalty, et l’arbitre il siffle quand même.

Papa :            Ben oui, ils ont fait un arbitrage maison, quoi.

Gérard :        Non, c’est pas ça. Nous aussi on le fait quand on reçoit. C’est normal. Mais là y’avait pas pénalty, c’est éthique.

Papa :            Si tu le dis. Tiens v’la mon Boss. Il veut te causer Demoral.

Demoral :     Pourquoi moi ?

Papa :            Le Boss mon fils, mon fils le Boss.

Le Boss :       Alors c’est lui ?

Demoral :     Qui lui ?

Le Boss :       Celui qui abandonne.

Demoral :     J’ai rien abandonné, j’ai le papier mais je ne veux pas bosser à l’usine.

Le Boss :       C’est quand même dommage d’avoir fait tout ça pour rien.

Demoral :     La dernière fois que vous avez pris l’apéro en short de bain, mal rasé, au cul de votre yacht, avec un collaborateur de rang inférieur comme moi, c’était quand ?

Le Boss :       S’il vous plait patronne, veuillez servir ma tournée.

Pascale :       Qu’est ce que je vous sers mes amours ?

Gérard :        Pietra

Papa :            Casa

Le Boss :       Pietra

Demoral :     Pietra

La Psychette : Orezza.

Demoral :     (et merde. )

Le Boss :       Et vous, gente demoiselle, que faites vous dans la vie ?

La psychette : psychette.

Papa :            Ha bon, vous êtes docteur de la tête ?

La psychette : Si vous souhaitez vous exprimer ainsi.

Papa :            Et qu’est ce qu’il a, alors, mon fils ?

La psychette : Il n’a rien. Il a trouvé un truc mais ne sait pas encore s’en servir.

Papa :            Bah v’la aut’chose !!! Et vous comptez lui apprendre à s’en servir de son machin?

La psychette : Je ne vais pas vous promettre que ce sera facile tous les jours

mais il peut réaliser quelque chose de beau.

Papa :            Bon ben tout va bien alors. Pascale, qu’est ce qu’on becte ?

Pascale :       J’ai des gambas flambées au casanis.

Papa :            Une

Gérard :        Deux

Demoral :     Trois

La psychette : Une salade de brocciu frais, s’il vous plaît.

Demoral :     (et merde … )

Le Boss :       Je préférerais me joindre à vous pour le dîner mais ma cour m’attend à bord.

Le Diable est à table.

Au son des guitares :

Dieu est ailleurs.

Tango corse.

(Retour à l’embarquement)

Demoral : Si pronto.

Papa : Je suis dans le goulet.

Demoral : J’arrive, avec une amie.

Lorsque nous arrivons sur les lieux Gérard est déjà sur place. Gérard est à lui seul un défi aux caricaturistes de ne pas tourner portraitiste. Maître de port au quai commerce, il passe le plus clair de son temps, entre deux ferries, à la terrasse de la Merendella. Pascale dont la Corse teinta les yeux avec ce qui lui restait des rochers d’Olmetto possède les deux, l’établissement et le bonhomme. Si la méditerranée ne devait plus compter qu’un yacht club ce serait chez ces hôtes. Outre le couvert et le réconfort, le marin en escale y trouve tout ce dont il a besoin, les bonnes adresses pour avitailler en produits locaux et les contacts en cas de pépin technique. Si Gérard ne dispose, a priori, d’aucune responsabilité quand au placement des yachts, il sait s’arranger pour que le poste attribué à un ami soit au plus près de chez Pascale, pour ne pas dire juste face à la Merendella.

Demoral : La psychette Gérard ; Gérard la psychette.

Gérard : enchanté.

La psychette : enchantée.

L’ombre du « Golden Crick » glisse en silence le long de la passe. Ses feux de navigation sont allumés malgré l’aube qui se lève pour la seconde fois du jour. Il continue vers le fond du port.

La psychette : Que fait il, il s’est perdu ?

Demoral : Non, il va faire demi-tour un peu plus loin pour mieux se positionner par rapport au vent.

La psychette : Je ne comprends pas, explique mieux !

Demoral : …

Le bateau réapparait mais ce n’est que bien en amont de l’endroit où nous l’attendons que le fracas métallique de l’ancre qui tombe se fait entendre. La poupe décrit alors un arc de cercle parfait et mon père se positionne perpendiculairement au quai, exactement deux places plus loin que celle qui est la sienne.

La psychette : que fait il ?

Demoral : Il compense l’effet que le vent aura sur sa manœuvre.

La psychette : Je ne comprends pas, explique mieux !

Demoral : …

Je me place derrière son dos à distance de bras tendu. La paume de mes mains sur ses épaules molles, le majeur sous le creux de sa clavicule, l’index sur le point d’acuponcture entre les deux. Les moteurs s’enclenchent arrière toute. J’exerce une pression qui confine à la caresse , elle fait deux pas en arrière, je n’en fais qu’un et relâche l’étreinte. Le tchak à tchak de la chaine qui défile résonne tandis que le yacht recule sur son ère. Le vent, troisième moteur du navire contre lequel le capitaine ne peut rien, dévie le bateau sur tribord. Elle pige le coup et chasse de un pas sur le côté sans que je n’aie à lui souffler dans le cou. Légèrement en aval au moment de se glisser entre ses voisins, mon daron corrige la trajectoire d’un subtil arrière tribord. Le simple contact de la peau de ma dextre sur sa hanche  invite ma nef à remonter le lit du vent. Léger coup arrière. Elle recule d’un pas, moi pas.

Le petit mousse du bord lance l’amarre. Gérard la saisit au vol et, d’une main,  noue de chaise le bateau au quai. Toujours sur son élan, la barcasse ne ralentit pas sa course.

 Mon coude se relâche, le bout fléchit. La distance entre la jupe et le bloc de béton continue de s’amenuiser. Tandis que deux fois deux corps, à peine séparés d’un vide quantique, sont sur le point d’entrer en collision, je hume d’une narine l’absence de parfum d’une chevelure traitée à l’eau de mer et exhale de l’autre un filet d’air qui frôle  son omoplate moirée. Le tableau est divisé par une ligne textile qui descend le long de la paroi pectorale pour s’élargir en un triangle aux côtés elliptiques supportant une surface pomme dont le centre de gravité saille ostensiblement.

Un sifflement déchire la scène. Les turbos viennent de s’enclencher, avant toute. Le remous provoqué par les hélices inonde le quai et les pieds du Gé. L’amarre se tend et mon bras aussi au point que quand l’aussière atteint les limites de sa résistance, elle gémit et l’eau salée gicle de ses fibres entrelacées.

Le bateau est en sécurité. Il est bien calé entre ses voisins. La chaine l’empêche de reculer, l’amarre le tient à quai. Les moteurs se taisent. Dans le fracas d’une avalanche pyroclastique mon père déboule de son poste de pilotage. Il porte un petit short beige à la Magnum et une chemise pilote sans galons qui peine à contenir l’épaisseur de la bête. Sa tête ovoïde comme un monolithe de Karnak ébouriffé arbore un sourire plus large que sa mâchoire carrée. Tel un Peter Pan qui aurait bien vieilli, il se place face à son public et ses poumons sonnent :

«  Ha Bah On a pris une belle branlée !!! « 

Un claquement claque derrière nous.

Une œuvre de Soulage reflète moins de lumière que celle qui irradie le visage de Pascale. Elle vient de poser un casanis sur une table largement en dehors de la limite légale de la terrasse.

Le Diable est servi

Il m’a coûté un couple ce billet !!!

Chapitre suivant :

Renoncement.

(Retour à l’embarquement)

Demoral : Allo ?

La brokeuse : Le boss de « Gitane » m’ordonne de te débaucher.

Demoral : Ha oui, il ferait confiance à quelqu’un qui ne tient pas ses engagements ?

La brokeuse : Je pensais bien que tu me répondrais ce genre de vieillerie.

Demoral : Nous sommes le douze Aout, dans six jours j’en ai terminé ici et je suis à lui.

La brokeuse : Tu es un amour.

A l’angle du quai d’honneur où nous nous sommes rencontrés et du quai Jérôme Comparetti vers lequel j’espère continuer la balade, la psychette observe le retour d’une navette à passagers. Si elle m’attend, c’est qu’elle n’est pas fâchée. Sur la cahute à l’entrée du débarcadère une affiche grand format promet une rencontre avec les dauphins. Ce n’est pas très loyal d’utiliser le cétacé à des fins séductrices mais la technique est redoutable auprès de la midinette.

Demoral : J’ai du travail jusque fin Septembre.

La psychette : Félicitations.

Demoral : Tu veux nager avec les dauphins ?

La psychette : Bè pruvatu dolce core, mais continue de me parler de toi plutôt.

Demoral : En 1969, Bernard Moitessier participe à la première course autour du monde à la voile, sans escale et en solitaire. En passant le cap Leeuwin au sud de l’Australie un groupe de dauphins attire son attention. Ils ne jouent pas comme d’habitude. Ils se contentent de longer la coque du voilier puis virent sur tribord. Intrigué il descend sur sa table à carte faire un point. Il se dirige droit vers les rochers. Il ressort, règle ses voiles, et son cap s’adapte. Les dauphins changent de comportement. Ils font la fête et d’un triple axel, le leader du groupe lui dit « bravo l’humain, tu as compris. »

La psychette : C’est une belle histoire mais en quoi cela te concerne-t-il ?

Demoral : Au début de « La longue route », le livre de son aventure, il est question de compétition et de performances journalières. Mais au fur et à mesure du voyage le récit prend une autre dimension. Moitessier se détache de l’enjeu. Alors qu’il a quasiment course gagnée après le passage du Horn, il prend la décision de ne pas rejoindre l’Europe. Il renonce à tous les prix, il ne veut pas retrouver cette société de fous qui détruit tout et asservit. Alors il remet cap à l’est et entame un second tour du monde. A son deuxième passage de Bonne Espérance au sud de l’Afrique, il laisse un message : « Je continue parce que je suis heureux en mer et peut être aussi pour sauver mon âme »

La psychette : Tu t’identifies à lui ?

Demoral : Quand j’arriverai à hauteur du petit orteil de son pied gauche, je serai content. Disons que j’ai un peu moins bien négocié le tournant. Il a fallu que je naufrage pour comprendre.

Sur notre gauche défilent les terrasses des restaurants dont celle du très luxueux Hôtel « L’escale ». Le dernier boss de ma dernière croisière, un publicitaire génial dont la vision de la vie était phénoménale, m’y conviait régulièrement. Nous y rencontrions ses relations. Un jour des voileux sponsorisés qui n’ont jamais trouvé bon de m’inviter dans leur entreprise, un autre un business man qui crut nécessaire de m’expliquer comment réussir dans la vie avant de prendre deux éclairs bleu nuit entre les yeux. Sur notre droite, « Thendara » un classique de 37 mètres construit en 37 également. J’y aurais astiqué les cuivres bénévolement pour me faire enrôler comme simple marin mais le capitaine en deux minutes m’avait retourné sous prétexte que je n’avais jamais fait de voile. Dans ma tête s’ouvre le débat sur l’opportunité d’en parler et si oui sous quelle tournure de phrase.

Demoral : Faut aussi que je te parle de mes parents ou c’est mieux si je cause plus ?

La psychette : Plus personne ne parle de son enfance en séance et la communication non verbale fait partie de la thérapie. Relis Cicéron.

Demoral : Et si c’est carré je fais quoi ?

La psychette : Imbecile.

Nous cheminons silencieux jusqu’au carré des pêcheurs. La vedette de la SNSM avec ses vives couleurs bleu et orange en marque l’entrée. Les pointus, malgré l’absence de lumière blanche, utilisent le reste de la gamme chromatique. Le bateau du corailleur demeure aluminium. Les visages burinés des êtres qui animent ces embarcations donnent à la scène une allure de carte postale qu’il me serait difficile de décrire autrement que par des niaiseries.

Demoral : Tu vois ce bateau bleu et blanc en face, amarré de l’autre côté du port à l’envers des autres ?

Psychette : Oui.

Demoral : C’est le mien, le « San Antonio », un quinze mètres Open. En automobile ce serait un cabriolet. Dans la coque : deux cabines et un salon. Sur le pont : terrasse et console de pilotage. Tu verras, celui de mon père, un vingt deux mètres Fly, est différent. Dans la coque :  trois cabines. Sur le pont : un grand salon, une cuisine et un poste de pilotage. Au-dessus, la terrasse. Et là face à toi, qui avitaille à la station, tu as le modèle encore supérieur. Une vaste cabine armateur remplace le poste de pilotage qui se trouve surélevé d’un demi pont légèrement en contrebas de la terrasse. C’est la timonerie, le domaine du capitaine. Elle donne son âme au navire. Ses vitres me font penser à des lunettes de soleil posées sur un lobe préfrontal déterminé. Oui, c’est ça qu’il me faut. A trente cinq ans, j’aurai mon trente cinq mètres et j’aurai résolu l’équation du capitaine.

La psychette : Senza sperenza..

Dieu est une contradiction.

Chapitre suivant.

Chapitre suivant :

Au petit bar tabac (suite)

(Retour à l’embarquement.)

ou

(Au petit bar tabac, première partie.)

Nous reprenons nos places respectives sans même envisager de songer à présenter de vaines excuses. Les anciens ricanent. Les pochtrons nous dévisagent. Le capitaine à passagers allume une nouvelle cigarette. Le patron nous présente les deux verres de sa tournée sans mot dire. Dans ma tête Sergio Leone joue de l’harmonica et ma mère pleure son fils.

La psychette : Vous vous connaissez ?

Le patron : Il a débarqué un matin de la semaine dernière avec son sac de voyage prétendant arriver à pied de Porto Vecchio. Depuis il vient régulièrement mais à part pour commander et dire « bonjour, merci, au revoir » ce sont les seules paroles qu’il ait prononcées à ce jour.  

Demoral : ben quoi ?!? C’est pour pas déranger.

La psychette : Pour tes papiers, je crains qu’il ne te faille attendre le prochain alignement astral en espérant tomber cette fois sur une énarque. Par contre si tu te livres sincèrement, je peux éventuellement te démêler une ou deux pelotes de neurones et t’indiquer une piste à suivre.

Demoral : La dernière fois qu’on m’a proposé le divan, c’était pas pour y jacter de mon enfance.

Le patron : Ma hè stupidu.

La psychette : (Hè un eufemimentu). Plus personne ne s’allonge pour une analyse, c’est dans les film ça.

Demoral : Mais j’en sais rien moi !!! Comment on fait ? Faut dire quoi ?

La psychette : Commence par te souvenir de tes études. Peut-être as-tu laissé passer quelques signes d’un mal être.

Demoral : Disons que j’avais du mal à m’intégrer au sein de ce troupeau de terriens dont les préoccupations de petits bourgeois mal délangés me laissaient coi. Quand au coït, dix pour cent de filles dans la promotion dont neuf et demi accaparées par les possédants d’appartements, de voitures ou de forfaits de ski, ça m’a musclé le poignet droit.

Le patron : Parla bè in a vita vera, U picculu.

La psychette : Et le dernier demi ?

Demoral : Je l’aurais bien  bu cul sec si elle n’avait pas attendu le jour de remise des diplômes pour me déclarer sa flamme.

La psychette : Pas de vie sentimentale, donc, durant toutes ces années.

Demoral : Ha si ! J’ai vécu une histoire depuis l’année de terminale jusqu’à l’armée. Elle était incommensurablement plus intelligente que moi alors en fin de prépa elle a décroché une grande école parisienne quand je me suis échoué en seconde zone de province. Nous ne nous voyions que rarement. Notre union n’a pas résisté lorsque je suis retourné comme une loque chez mes parents après ma crise militaire. Aux dernières nouvelles, elle aussi a tout envoyé valser pour se consacrer à sa passion, la musique.   

La psychette : Tu ne manques pas d’air ! il t’en aurait fallu une deuxième ?

Demoral : Et une troisième même pourquoi pas. Le marin avec une femme dans chaque port n’est pas qu’une légende. C’est pas du vice, faut considérer ça comme du stage de perfectionnement continu. L’amour est assez vaste pour supporter le partage.

Le patron : Senza dubbitu, signorina, avete trattatu cù un pueta.

La psychette : Bon cette fois on y va, l’air frais te fera du bien.

Demoral : Malheureuse, on ne part pas sur la tournée du patron.

Elle se lève mutine et se dirige vers la sortie.

Le patron : Va petit, tu te débrouilles comme un chef.

Cupidon m’accompagne à la suite de la belle thérapeute.

Dieu s’en jette une dernière.

Chapitre suivant :

Pour l’illustration :

Vous allez au petit bar tabac en bas de chez vous.

Vous inculquez deux trois notions de Corse au patron.

( ça marche aussi avec le breton, le basque ou le ch’ti)

Vous buvez un coup à ma santé.

Prenez une photo, vous y êtes.

C’est pas de l’alcoolisme, c’est de la préservation de patrimoine national.