Demoral : mé non j’ai pas dit ça !
Le Patron : Ben c’est ce qu’on comprend.
La psychette : Si j’analyse bien tes paroles, tu cherches à nous expliquer que l’amour meurt quand disparait la découverte?
Demoral : Toujours dans le négatif à regarder, comme tout le monde, par le mauvais bout de la lorgnette.
L’amour NAIT de la découverte.
La psychette : Ha, enfin il progresse. Et tu ferais encore plus de chemin si tu admettais que ton autre est un être infini qu’il ne tiens qu’à toi d’explorer sans fin.
Demoral : Mais vous ne pensez donc, vous aussi, qu’au cul !!!
Le Patron : Demoral, calma.
Demoral : Je vous parle de l’amour en toutes choses. De la science, de l’art ou même d’un paysage. J’affirme sans rire être tombé amoureux de Centuri la première fois où j’y ai osé un coup de pagaie de mon annexe en panne moteur.
Le Patron : Ha celle là, il l’aime bien à la raconter. Je l’entends à chaque touriste égarée.
Demoral : Ben quoi? J’y passais au mouillage depuis des années quand un jour, peut être la première fois où le bateau disposant d’une annexe digne de ce nom, je prévoyais d’y débarquer le Boss. Bien entendu le moteur n’a pas démarré et j’ai dû me résoudre à y aller à la rame dans l’espoir d’y trouver des bougies.
La psychette : Poursuit.
Demoral : C’était le carbu, ça m’a coûté un bras.
La psychette : Au présent.

Après la soirée langoustes grillées en terrasse du restaurant dominant le port, je ramène les passagers au bateau. Le papa, la maman et une petite Haïtienne achetée au cours de leur dernier voyage d’hiver. Seulement, moi, j’ai un diplôme à fêter et une seconde victime à faire. Alors je ne coupe même pas le moteur et repars en sens inverse. L’entrée du port est encore plus magique que de jour. Passé le feu, devrais-je dire la loupiote de la digue, éclatent les chaudes lumières du village qui se serre sur ce qui , autrefois, devait se contenter d’être une calanque. Les pointus n’hésitent pas à prendre des couleurs dans la nuit dont les reflets micro ondulent sur un miroir. Un gai murmure s’exhale des quais où des nasses encore tressées à la main attendent leur mise à l’eau.
Je retourne au restaurant où le Boss m’a invité à dîner. Cette fois, je me le suis promi au coeur de la soirée d’enterrement de vie étudiante, je dois oser inviter la Barmaid à prendre un verre après le service.
J’entre dans l’arrière salle. Ce qui semble être une famille remet tout en place dans un serein silence. Au bout de quelques minutes sans que personne ne s’aperçoive de ma présence, je me lance :
« Bonsoir, je suis le petit marin qui est venu dîner avec ses proprio. »
Le temps se fige. le Patron sans qu’aucun trait extérieur ne change me jauge. Sa femme se contente de ne plus plier les serviettes. Quand la scène est traversée par la Barmaid fixant avec les yeux noirs de ma première fiancée à la maternelle, la demi douzaine de verres qu’elle tient dans ses mains, le reste du décors commence à vaciller.
» Qu’est ce que tu veux , petit? «
Inconscient du danger, je réponds en m’imprégnant d’une silhouette plus sombre que son ombre.
« Ils sortent où les le jeunes ici? »
« Pourquoi tu veux savoir ça? »
« Ben je me sens un peu seul. J’aimerais me faire des copains. » menti-je effrontément.
« Va à « La cage aux Oursins », petit, c’est à l’extrême opposé de la crique »
Et c’est alors que , terrorisé’ j’allais tourner les talons sans que la Barmaid ne sût mon existence :
« Petit, c’est pas encore ouvert à cette heure. Installe toi, tu veux un morceau de tarte aux pommes?
La première salle de « la cage aux Oursins » est à peine plus grande que ne l’était ma chambre universitaire. Elle est voutée aux pierres apparentes et donne accès, par une voute aux dimensions des bâtisseurs de l’île, sur une discrette piste de danse. Je sonde les alentours, rien d’intéressant, je ne cherche que la Barmaid et en l’occurrence, c’est le Patron qui tient le bar. Je m’y instale.
Un à un les macs en herbes locales défilent et me défient. Au début, heureux car ils doivent la connaître et m’accepteront dans leur clan, je m’aperçois vite que pour ne pas faire monter plus la tension, il est urgent de minimiser la taille du bateau et de poétiser au sujet de mes intensions.
La gueule de bois du matin sera le lot de mes longues et mornes journées anticycloniques.
La psychette : Ben tu vois quand tu veux.
Le Patron : J’y suis même jamais allé à Centuri

La Barmaid : Bon ça va, tout le monde a compris que tu étais le plus beau !!!
Demoral : Ha bon? Ben faudra m’expliquer alors, parce que moi, j’y pige toujours rien.
La Barmaid : …
Demoral : Patron, je peux te l’enlever?
La Barmaid : Hha
Le Patron : Va la Barmaid, tu as bien travaillé.
La Barmaid : mais je …
La psychette : Vous pouvez y aller, c’est sa façon de vous dire qu’il a envie de vous connaître.
A suivre.