Knighting

Calvi

18.07.1990

Mauvaise journée.

On a eu du vent, de la mer et surtout j’ai été énervé et fatigué. La petite est vraiment chiante, exigeante et jamais décidée de ce qu’elle veut faire. Elle essaie de jouer la grande dame, parle souvent pour ne rien dire avec un air de pimbêche et l’accent bourgeois.

Son père est aussi sympa que chiant. Sympa car il sait rigoler, chiant car trop mou, trop maniaque. Il essaie de me donner des conseils sur ce qu’il ne connait pas. Point de vue navigation, on n’est pas sur la même longueur d’onde. Autrement la manœuvre s’est encore très bien passée. On n’a pas assez de chaîne, j’espère qu’elle va tenir car on a un vent de face pour la nuit.

Patrick est encore à côté de moi. Il a été épaté et m’a appelé « capitaine ». Ca a été le moment fort de la journée. Car je me sentais vraiment bien.

Après le Boss a reçu des amis et je me suis rendu compte que quand il y aura des invités, les vacances seront finies. Je ne serai plus qu’un simple marin aux ordres d’un boss exigeant. Ca va être dur mais je tiendrai. Quand je pense qu’alors qu’on faisait la liste des commissions il m’a tenu la jambe avec sa table à cartes qu’il voulait faire au dessus de la cuisine ! Encore une discussion qui fait perdre du temps et n’aboutit à rien.

Apostille :

En fait c’est elle que je cherche dans les filles sur les quais. Lorsque je vois un visage qui me rappelle le sien, je sens la même chose qu’il y a un mois. C’est ce qui me fait dire que ça va empirer avec le temps.

(suite)

A certain idea of work.

Centuri

17.07.1990

Décidément j’ai vraiment de la chance. J’ai l’impression de passer des vacances. A part la fatigue qui gagne et les soucis de manœuvre et de bonne organisation. Je passe des journées de rêve. Je suis en maillot, je me baigne quand je veux et je prends énormément de plaisir à piloter le bateau.

Avec le boss, ça va de mieux en mieux. Il a l’air moins soucieux, se pose moins de questions et est beaucoup plus décontracté. Il commence à se débrouiller à l’amarrage. Même si l’énervement est à son comble lors des manœuvres. Ca crie dans tous les sens. Aujourd’hui j’ai rentré le bateau à la perfection. Je sens que je progresse surtout dans le sang froid. Je panique moins même si je m’énerve toujours autant. Je garde la tête froide et je trouve quoi faire.

Je ne verrai pas papa, il descend vers le sud. Peut être la semaine prochaine. Le retour est prévu Vendredi. Ca va faire du bien mais maintenant je suis prêt à repartir encore plus loin et pour plus longtemps.

C’est le pied.

Apostille :

C’est le stand by. Soit ça va s’arrêter, soit repartir de plus belle. Toujours est-il qu’un mois après j’y pense toujours. Il s’est vraiment passé quelque chose de fort.

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Swimming pool.

Saint Florent

16.07.1990

Petite journée tranquille et très agréable. On est partis à 9h de Calvi. J’ai eu un problème avec l’ancre qui était prise dans la chaîne mère. Je n’avais pas assez de place pour manœuvrer alors je me suis remis à mon poste et j’ai plongé. En remontant la chaîne elle était libérée. Patrick a vu que je pilotais le bateau. Il a été surpris et il a applaudit en disant « Ho Damieng, c’est bieng !!! »

Pendant le trajet, j’ai téléphoné à la maison. Je pourrais avoir mes résultats du bac français mais j’ai paumé le code, ça fout les boules. En arrivant dans le golfe de Saint Florent, je décide de m’arrêter sur les petites plages à l’entrée. Bonne idée, c’est superbe. On se croirait aux caraïbes.

L’eau est d’un bleu turquoise transparent, c’est le plus beau coin que j’ai vu. Je me baigne, je plonge jusqu’à l’ancre. C’est un dégradé de bleus tout autour sur fond de sable blanc et de jeux de lumière avec les vagues. L’après midi je nage jusqu’à la plage. C’est superbe, j’ai l’impression de voler tant l’eau est claire. Des mulets viennent à cinquante centimètres de moi, je pourrais presque les toucher.

Au port l’amarrage est difficile même si la manœuvre est bonne. J’ai été pris dans un embouteillage à l’entrée du port. Un bon point, j’ai bien maîtrisé la situation. Papa est à Calvi. J’espère le croiser bientôt.

Apostille :

Toujours pas de courrier et le temps qui passe et qui fait tout oublier. Je sens que ça ne demande qu’a ressortir. C’est enfoui mais très fort. Ca peut exploser à tout moment.

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Good mayonnaise.

Calvi

15.07.1990

J’ai été réveillé à 6h30 par un Akir qui se mettait à côté de moi. Après j’avais peur que le Boss se lève avant moi et je me suis levé fatigué à 7h, lui à 10h30. Je pense partir sur Macinagio puis sur Elbe. J’ai confiance en moi et j’ai envie de naviguer. Le Boss lui décide de rester. Tant mieux, ça fera du repos.

En cours de journée, il hésite à partir sur Bonifacio. J’ai pas trop envie. On a moins d’une semaine, ça fait une longue route. Finalement on part demain sur Elbe.

Il a l’air content de moi, il me parle déjà de l’année prochaine. Il veut me laisser le bateau en gardiennage. Lavé deux fois par mois et une sortie d’une heure par mois. C’est le temps qu’il faut pour emmener les copines aux îles. Ca va être géant.

Patrick est avec ses filles, j’ai l’impression qu’il évite de me parler.

Apostille :

Le souvenir est de plus en plus vague. Vivement qu’elle me réécrive. Je le saurai demain en téléphonant. Si elle m’écrit, je lui envoie une carte tous les jours.

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Double anchorage.

Calvi

14.07.1990

Journée chargée en événements.

Levé 5h, je me retourne en mettant les défenses, encore une fois je me suis levé pour rien. La station n’ouvre qu’à 8h et le type est en retard. Je fais tomber mes pompes à l’eau et finalement je prends le Cap 137 à 9h55 au cap Ferrat. Le voyage se passe bien. Le compas du haut est faux. Le pilote marche bien, nous arrivons pile sur Calvi juste à l’heure.

La mer est un peu agitée, un vent assez fort s’est levé. L’arrivée au port se passe mal. Je mouille pour la première fois la chaîne. Mal. Elle n’accroche pas beaucoup. Je m’énerve. Le Boss envoie la mauvaise amarre, tout va mal. Enfin nous arrivons à bien nous accoster et à remouiller l’ancre avec le Zodiac.

Dix minutes plus tard, je recommence la même opération avec un « Princess 55 »  encore pire que moi. Il n’a même pas jeté l’ancre. Je saute sur son bateau et lui effectue une manœuvre parfaite. Le Boss est jaloux.

L’après midi il faut laver le bateau et décoincer la poulie du Zodiac. Il est 17h, le quai se rempli et « Mon Garçon », le yacht sur lequel j’étais mousse la saison précédente arrive » juste à côté de moi. Les patrons s’en vont. Demain peut-être je parlerai avec Patrick mon ancien capitaine.

Ce soir j’ai discuté avec un gars sur une « Guy Couach ». Sympa et mordu de mer. Je suis crevé mais heureux car tout se passe bien. Je sens du progrès.  

Apostille :

C’est dur. Même si j’y pense toujours, je recommence à regarder ailleurs. Si elle voulait bien m’écrire je pense que tout repartirait.

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Uncertainty

Villefranche sur Mer

13.07.1990

Lever 4h

Départ 5h30, à la sortie du port la mer est calme. Nous filons à près de vingt cinq nœuds. Après Impéria la mer se creuse. Nous décidons de rester près des côtes pour ne pas prendre de risque mais à 7h30, après le « capo di Mele » il faut de nouveau faire demi tour nous ne dépassons plus les 10 nœuds. La mer se creuse et le vent se relève. Une épaisse fumée s’élève des collines.

Retour sur la France. Nous sommes maintenant bien ancrés à Villefranche sur Mer où nous allons passer la nuit. Je ne sais pas encore la suite des événements. Le Boss parle de partir en Corse et de me laisser seul trois ou quatre jours pendant qu’il rentre travailler. Ca m’embête un peu. J’en prendrais jusque fin Août. Le tout sans revoir la famille. Je n’ai plus beaucoup d’argent et peu d’affaires.

J’ai maintenant confiance en mes manœuvres. J’y prends plaisir et j’ai envie de piloter et de montrer mes progrès à tout le monde.

Il faut faire du fuel avant de partir. Ce qui fait qu’on ne partira pas avant 8h pour une arrivée à midi minimum. J’en ai marre, il ne se rend pas compte qu’il me fait un programme d’enfer.

Apostille.

Si je ne rentre pas avant fin Aout je ne saurai pas ce qu’elle pense de ma lettre. Elle ne pourra pas me répondre, c’est mauvais pour la suite des événements.

(suite)

The Boss.

San Remo

12.07.1990

Je me suis levé à 7h pour rien. Comme d’habitude le Boss se lève tard. En plus le vent s’est totalement calmé. J’attends la météo pour partir sur Porto Fino. Elle n’est pas très bonne mais un Bertram nous dit qu’il prend le même chemin que nous en longeant les côtes. Nous partons longtemps après lui.

A la sortie du port, la mer est peu agitée à agitée mais dès le premier cap passé elle devient forte. Une vague enfonce l’avant du bateau dans l’eau. S’en est trop, je rentre. De plus le vent se relève.

Impossible de rentrer dans le port. Il y a une régate et des centaines de voiliers sortent à la file. Il faut une demi heure pour y parvenir. La manœuvre est presque parfaite mais le Boss n’est pas doué. Il s’emmêle les pinceaux, le bateau repart vers l’avant alors que je suis sur le quai. Je m’énerve, je crie et tout rentre dans l’ordre.

Il faut maintenant relaver le bateau. Je suis fatigué et le Boss voudrait que son bateau soit un miracle d’organisation. Il est très pointilleux et appliqué, trop à mon goût, tout doit être réglé et en ordre.

22h30 je me couche. Demain debout 4h et il trouve le moyen de resserrer une vis. Je ne suis pas sûr de la météo. J’angoisse un peu. Je ne sais même pas dans quel port on va. Surement Porto Fino puis Porto Venere. Il s’acharne encore au-dessus de ma tête. Je n’ose pas me montrer sinon j’en ai pour jusqu’à minuit.

Apostille :

J’ai téléphoné ce matin, toujours pas de lettre.

Ca m’inquiète

(suite)

This is my boat !

San Remo

11.07.1990

Le vent est trop fort pour traverser le Golfe de Gênes . Je pense rester ici encore demain. C’est chiant, j’aimerais naviguer et le Boss s’impatiente. J’angoisse un peu pour Porto Venere qui a l’air aussi beau que dangereux. J’ai repéré les « cinque Terre ». Porto Venere est à côté « dei poete » mais il n’y a rien de précis et les ports dans cette région n’ont pas l’air très accueillants.

Ce matin levé 7h30. Ma solution n’a pas tenu. Le pare-battage menace de céder. L’équipage du 25 mètres a l’air sympa. Ils m’aident et comprennent mon problème. Un gars du port arrive. Il met son grain de sel et veut toucher au 25mètres. Alors le capitaine saute sur mon bateau et l’air énervé dit « This is my boat… » La bagarre est proche, je m’interpose timidement et tout rentre dans l’ordre lorsqu’on trouve une défense assez grosse.

Il est 1h du matin. Demain je me lève à 7h pour une traversée par mer incertaine. Je ne sais même pas dans quel port on va et le Boss me gonfle avec ses vernis, ses accastillages et son take. Il est increvable. Si c’est comme ça tous les jours, je meurs

Apostille :

Je prends la décision de tenir chaque soir ce journal.

(suite)

Where is the answer?

San Remo

(10-07-1990)

Départ 4h Mer belle Peu de vent.

Compas : Cap calculé + 10°

Mer devenant agitée à partir de Monaco

Vent 30-35 nœuds

Manœuvre pas trop dure car vent de face et beaucoup de place pour manœuvrer.

Attention : Moteur bâbord coupé dans la cale. Fumée blanche repérée après avoir coupé. Vite dissipée.

Le Boss est très lent quand il prend une décision. Il le fait un quart d’heure après avoir réfléchi et pensé à autre chose.

Petit resto sympa.

La nuit a été agitée. Un fort vent de N.E. s’est levé. Je suis à côté d’un 25mètres amarré de travers. Il n’a pas de bonnes défenses et son échelle de bain plie mes pare-battages.

4h du matin, je suis avec le Boss qui m’énerve.  J’essaie et je trouve une solution assez bonne.

Apostille :

J’ai téléphoné ce matin, toujours pas de lettre. Ca m’inquiète.

(suite)

First page.

Cela fait un mois que j’ai appris à piloter, on me demande maintenant de faire le travail d’un capitaine.

 Mardi :  mistral je ne peux rentrer le bateau,

 Mercredi : le Boss arrive,

Jeudi :  Vent modéré S.W je plie un taquet,

Vendredi :  Départ aux îles. Le vent se lève. Mistral. Je prends une autre place au port.  C’est le Broker qui rentre le bateau

Samedi :  la journée de toutes les angoisses, je ne me sens plus capable de rien. J’en fait part au Broker qui me dit de foncer, le vent se lève pas très fort 20-25 nœuds. Je décide de ne pas sortir. Le moral est à 0 si le Broker n’avait pas été fermé cet après-midi j’aurais demandé un remplacement.

Samedi soir : le vent est tombé on sort sans problème ,

Dimanche :  Porquerolles sans problème

Lundi :  retour à La Napoule même vent que samedi je rentre le bateau sans problème

Le moral est au beau fixe,   pas la météo qui annonce encore un coup de vent.

(suite)